mercredi 5 mai 2010

04-02-2010 : Du Rio Marañón au Rio Cenepa

(mise à jour le 5 mai2010)

Avec une demi-heure de retard (seulement), nous sortons de la maison du maire d’Imacita chez qui nous avons passé la nuit, en direction de l’épicerie du village d’abord, pour y acheter les produits qui vont nous nourrir pendant quelques jours : légumes, œufs et riz, pour l’essentiel. Le reste, on verra sur place. On a aussi avec nous les ananas et le café de San Ignacio. C’est notre petit trésor. Puis, nous embarquons. Encore quelques minutes, et nous voilà au milieu du fleuve Marañón, un des affluents de l’Amazone, que nous descendons pendant plus de 3 heures sur une lancha, un bateau qui serait le croisement entre une péniche parisienne et un canoë indigène … si les bateaux se reproduisaient.

Ce n’est pas que je me sente très à l’aise sur les bateaux, mais celui-ci semble entre de bonnes mains. Le copilote se pose devant, pour avoir plus de visibilité, et montre de la main au pilote se situant à l’arrière la direction qu’il doit suivre, pour éviter les deux pires dangers du fleuve : « los palos » et « los pongos. Los palos, dont la consonance me fait penser à « empaler » (mais que  est en fait un mot quecha signifiant porte), voyez l’image, sont des morceaux de bois dont la taille va d’une brindille jusqu’à un tronc, qui peuvent soit trouer la coque du bateau, soit endommager le moteur. Pas très sympa! Entre les deux, ceux sont les pires, parce qu’ils sont très nombreux, et parce qu’ils sont imprévisibles. Los pongos portent aussi leur sens dans leur prononciation. « PONG(os) », pourrait être le bruit de la coque lorsqu’elle les rencontre. C’est quelque chose qui se situe entre récifs fluviaux, rapides et tourbillons, mais dans tous les cas, il vaut mieux les éviter. Eux, leur spécialité, c’est le retournement d’embarcation. Evidement, pour nous faire peur, on nous dit qu’on va devoir franchir une zone de pongos qui durera 10 minutes. Evidement, ce n’est pas vrai et on n’en croisera que quelques-uns admirablement évités par notre pilote.

Malgré cela, le paysage que nous admirons est magnifique, à la hauteur de ce qu’on s’était imaginés. Parfois, nous croisons quelques embarcations qui remontent le fleuve. Dans cette partie du monde, où les routes n’existent pas (ou plus, dans cette partie de la forêt, autrefois, il y en avait une, mais on est pas certain d'avoir bien compris), la navigation fluviale reste le seul moyen de transport. Et beaucoup de personnes habitent sur les rives des rivières et des fleuves, dans des maisons faites de bois et de bambou, recouvertes des feuilles de palmier séchées en guise de toit. Autour de celles-ci, on peut apercevoir des parcelles où les communautés cultivent leurs aliments de base : bananes (platanos), yuca, cacao… 

Enfin, nous voilà, après trois heures de descente du Marañón, sur le rio Cenepa, le fleuve qui donne son nom au district vers lequel nous nous dirigeons. Par sa couleur, le nouveau fleuve ressemble à un grand bol de café au lait. Complètement lisse. Notre embarcation s’y glisse en douceur. 

Puis soudain, c’est le drame. Enfin, pour moi. Le choc sera aussi grand que lorsque mes deux compagnons avaient eu le culot, en ma présence, de dévorer un cousin à moi à San Marcos. A quelques mètres de nous, un autre de mes cousins, un peu plus grand certes, mais qui avait tout l’air d’appartenir à la grande famille des rats-souris-cuyes-et-assimilés, a eu la mauvaise idée de se jeter à l’eau au moment où nous passions à côté de lui … ou plutôt d’elle, car le cousin était une cousine, que j’ai même soupçonnée être enceinte. La lancha, menée par nos amis Awajuns, commence à la poursuivre. La pauvre bête réussit à déjouer la traque pendant plus de 5 minutes avant qu’un violent coup contre le bateau n'achève son calvaire. Et dire qu’Anna et Jérémy regardaient la scène sans sourciller. Quels barbares, ces humains…. 

Le pire restait pourtant à venir. Un des indigènes descend du bateau avant nous. Comme il a participé à la chasse (ou à la pêche ?), il a aussi droit à sa part. Le sang se met à gicler partout sur le bateau. Il dégouline et se mélange avec l’eau qui dilue sa couleur rouge vive et lui fait prendre maintenant des teintes de la … sauce tomate. Effroi et indignation. Devant mes yeux écarquillés, ils viennent de découper une patte à cette cousine assassinée qui avait seulement souhaité traverser le fleuve… Le spectacle de ses articulations mises à nue, de sa chair rouge vif et de ses mamelles mutilées qui ne nourriront pas ses petits finit par avoir raison de mon courage et je ferme les yeux en me réfugiant au plus profond de la poche dans laquelle je fais le parcours… Les souris et les hommes ne font pas partie du même monde. 

L’Amazonie, ça commence bien !



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Kri kri
Irkita

lundi 3 mai 2010

03-02-2010 : Jaen à Imacita, direction l'Amazonie, la vraie...

(Mise à jour le 4 mai 2010)
4h30 du matin, après une nuit très courte, nous voici au lieu de rendez-vous prévu avec notre ami rencontré il y a quelques jours à Bagua qui devrait être accompagné par l’apu des apus du district du Cenepa. Pourquoi y être aussi tôt ? Pour arriver à destination le soir même. Or, des travaux sur la route coupent le passage entre 11h et 16h, il faut donc passer avant.

15 longues minutes se passent avant que nous décidions d’appeler, histoire de réveiller nos compagnons de route qui sont surement en train de rêver qu’ils sont à l’heure : « allo, qu’est ce que vous faîtes ? » « Et vous, on est là, où vous êtes ?» nous répondent-ils. Moment d’hésitation … « Non, nous on est au lieu de rendez-vous et vous n’y êtes pas ». « D’accord, on arrive… ». Le désormais classique « on arrive » nous fait craindre le pire. Cela veut dire qu’on vient de les réveiller et qu’ils doivent encore se préparer. Pour le moment, rien de grave, puisque, contrairement à ce qui était prévu, aucune voiture n’est prête à partir, il faut attendre 5h, pas avant. 4h55, nous rappelons de nouveau nos amis : « Allo, où êtes vous, la voiture va partir ! ». « Ah, en fait, on va vous rattraper plus tard parce qu’on a reçu un coup de fil et on doit voir un conseiller ce matin ». Un coup de fil d’un conseiller à 4h du matin… Bon, on va donc faire la route seuls.

Première étape, Bagua. C’est lors d’un petit déjeuner ce matin là qu’on aura la fameuse conversation avec une métisse sur le supposé cannibalisme des Awajuns, la même qui, ayant vécu 40 ans à la porte de l’Amazonie, n’y a jamais mis les pieds …Bon, c’est son choix, comme on dit, et son petit déjeuner rattrape un peu ses propos incongrus. Toujours pas de nouvelles de nos amis. Nous poursuivons seuls. La chaleur et l’humidité augmentent progressivement, jusqu’à notre arrivé à Imacita, le bout de la route et le commencement du fleuve sur lequel nous devrions poursuivre…mais pas avant demain, nous apprend-on, car, vus les travaux sur la route, nos deux compères n’arriveront pas avant ce soir, et c’est impossible de partir de nuit. Pas grave, nous nous sommes rapprochés de quelques heures et nous n’avons jamais été aussi près de l’Amazonie et des communautés Awajuns du Cenepa, notre objectif depuis maintenant bientôt une semaine.

Pour patienter, nous rencontrons le dirigeant de l’organisation Awajun du district de Imacita et il nous confirme le divorce entre les indigènes et le président du pays, Alan Garcia. Ils n’avaient pas apprécié de se faire traiter de « chiens du jardinier », nous répète-il, mais se faire tirer dessus le 5 juin 2009semble définitivement avoir compromis les derniers espoirs de réconciliation. Ce qu’ils veulent, c’est qu’on respecte leur mode de vie et qu’on les traite en égaux. Bien, c’est clair. Nous poursuivons, en allant saluer le maire de la ville avec qui nous avions fait connaissance à Bagua lors de la réunion de l’ORPIAN et dont le discours énergique nous avait plu, d’autant plus que nous avions pu le comprendre (il parlait en castillan). « Hola, les amis, vous dormez où ? ». « Pour l’instant, nulle part ». « Très bien, alors vous venez dormir à la maison ». On ne se fait pas prier.

Quelques heures plus tard, après en avoir appris beaucoup plus sur le 5 juin, notamment la présence, le jour des événements, de deux volontaires belges dont les photos ont fait le tour du monde et sans lesquels nous n’aurions que la version du gouvernement, après avoir lu avec effroi l’article d’un éditorialiste parlant des indigènes comme on devait (peut-être) en parler à l’époque où l’on se demandait s’ils avaient une âme, après s’être régalés d’un délicieux plat de pâtes à la sauce blanche préparé par notre hôte et avoir bu quelques bières en compagnie de l’apu des apus du Cenepa arrivé entre temps, après, enfin, avoir eu le fin mot de l’histoire sur son retard de plus de 5 heures, nous nous retrouvons au lit, pour quelques courtes heures de sommeil avant le grand départ pour les entrailles de la forêt la plus emblématique de la planète… Entre anxiété et excitation, je m’endors rapidement, pas mécontente de tout ça.

Ah, oui, vous voulez peut-être savoir pourquoi nos compagnons de route ne nous ont pas rejoint à 4h30 du matin au lieu du rendez-vous? Et bien, l’apu des apus, qui est aussi professeur, a rencontré des anciens élèves ou des collègues (on n’a pas bien compris), la veille au soir. Ils l’avaient invité à une bière, puis à une autre, et ainsi de suite. Le coup de fil de ce matin devait donc être celui d’une blonde (sûrement une Cristal, une des bières péruviennes) bien fraîche dont l’abus donne mal au crâne … Ah ! Ces humains.


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Irkita

dimanche 2 mai 2010

02-02-2010 : Province de San Ignacio, Lourdes, café, déchets ... et grand schtroumpf

(mise à jour le 2 mai 2010)
1 - San Jose de Lourdes, pas de miracle mais de la volonté

«Kri kri », nous débarquons enfin à San Jose de Lourdes. Ouf, ce fut un peu laborieux. Déjà, parce que le secrétaire de la table de concertation a fait mentir sa réputation de la veille en arrivant avec plus d’une demi heure de retard (ce qui est, ceci dit, plutôt normal pour l’Amérique latine). Ensuite parce que le maire avec qui il était « sûr qu’on aurait un rendez-vous » ne sera finalement pas disponible. Pas grave, nous rassure-t-on, la licenciada Carmen, du centre de santé de la ville, pourra nous parler du programme du développement écologique intégral de San Jose de Lourdes. Bien, si une licenciada peut nous recevoir, alors, allons-y.

Petite digression : au Pérou et en général en Amérique latine, on préfixe les noms des personnes par leur niveau de diplôme. On y rencontre donc des « doctores », des « licenciados », des « ingenieros», des « profesores », mention que les personnes concernées font aussi apparaître sur leur carte de visite, tout comme un docteur en médecine, en France, le fait apparaître sur sa plaque. Et ceci n’est pas un excès de vantardise.

Pour rencontrer la licenciada Carmen et découvrir le célèbre district de San José de Lourdes, nous commençons par redescendre les quelques kilomètres (rendus bien boueux par la pluie de la nuit) qui relient San Ignacio au Rio Chinchipe que nous franchissons sur l’une des trois tarabitas qui se font concurrence. Enfin, nous reprenons un second taxi collectif, qui se transforme parfois en bateau lorsqu’il s’agit de traverser les torrents saisonniers, particulièrement vivaces ce jour là de la saison des pluies. Et voilà enfin San José de Lourdes, petite ville… ou grand village (1200 habitants), dans lequel un bon café nous attend, pour commencer. Je ne suis pas autant dépendante du café que mes deux camarades de voyage, mais celui-ci est particulièrement bon. Et comme on a plus souvent l’habitude de boire de l’instantané malgré le fait qu’on se trouve dans un pays producteur, lorsqu’on en boit du « vrai », c'est-à-dire du moulu, on est forcément contents. De bonne humeur donc, nous partons à la recherche de notre hôte.

La licenciada Carmen nous accueille dans le centre de santé. On y admire les photos, nombreuses, de ses ateliers de formation et de conscientisation sur les problématiques de santé - c’est son métier -, sur le fait de ne pas vivre dans ses ordures et, enfin, sur les problématiques de nutrition… Des questions sur le modèle de développement écologique développé dans son district ? Oui, bien sur, mais pas beaucoup de réponses. Il semblerait qu’on ne nous ait pas indiqué la meilleure personne pour parler de ce sujet, nous n’en apprendrons pas beaucoup plus de sa part.

Petite visite rapide de la plaza de armas du village, dont le luxe surprend un peu. Si vous avez lu tout jusqu’ici, vous devez vous demander ce qu’illustre la statue du coin ? Une grosse poubelle de tri ? Pas du tout ! Encore plus étonnant que l’opulence de la place, la statue montre un couple d’indigènes amazoniens dont la représentante féminine est sacrément plantureuse. L’artiste a été inspiré.

Avant de repartir, un détour par la mairie et les bureaux du Monsieur ingeniero chargé du programme « agriculture et élevage ». Il nous explique que, pour l’instant, son travail consiste surtout à comptabiliser les « richesses » naturelles du district, un peu comme le fait le préposé aux ressources naturelles et à l’environnement de Cajamarca. On lui souhaite bonne chance avant de tirer notre révérence.

Sur le chemin du retour, un copain poulet, encore vivant, mais qui parait prêt à être mis sous cellophane, et trois cochons sales comme il se doit, font office de comité d’adieux. Le retour est à l’image de l’aller : taxi collectif, tarabita  et re-taxi collectif. San José de Lourdes aura été une escale sympathique, hors des sentiers battus et avec du bon café ... Une chose y est sûre, même si on y fait pas (encore) de miracles en terme de développement alternatif, la problématique des déchets ménagers y est abordée avec beaucoup de sérieux.







2 - Aprocassi, coopérative de café "commerce équitable" et "bio"

De retour en ville, la course entamée le matin se poursuit. Pour moi, pas trop de soucis de fatigue, je peux me reposer à souhait dans la poche de chemise ou de short de l’un des mes deux camarades (plus l’un que l’autre pour la présence plus fréquente des poches..), mais pour eux, c’est une autre histoire. Après avoir avalé un ceviche de poisson … fumé – conservation oblige aux dépens de la gastronomie -, salué la statue de la femme au panier de café, nous fonçons de nouveau vers la table de concertation où nous avions rendez vous… Après une demi-heure d’attente, nous finissons par nous convaincre que, l’heure de déjeuner se terminant vers 15h, à ce rythme là, il nous reste encore une bonne heure à faire le piquet. Alors que nous nous apprêtons à nous reposer en sirotant une boisson fraîche, nous croisons un homme portant un gilet aux couleurs de « Aprocassi ». Bingo, c’est le président de la coopérative que l’ami de Jaen (voir Jaen, café plus ou moins équitable) nous a conseillée de visiter. Re-bingo : celui-ci, propriétaire d’une moto-taxi, nous amène directement dans ses locaux. Pas de repos pour l’instant, mais un café fraichement moulu nous accueille à l’arrivée. Quand à moi, je me régale en grignotant un des grains tombés dans un coin du bureau. Mmm, délicieux.

Aprocassi en quelques mots, c’est une association de caféiculteurs qui achète le café aux producteurs-membres (qui sont au nombre de 500) et le revend dans les circuits du commerce équitable (10 dollars de plus par quintal par rapport au prix de la bourse et un minimum d’achat de 125$ par quintal) ou équitable et certifié « bio » (30 $ de plus par rapport au prix de la bourse et un minimum d’achat de 145$) à des entreprises européennes et états-uniennes. C’est donc Aprocassi qui s’occupe des certifications (notamment FLO Cert - l’intégralité de la production est vendue au prix du commerce équitable) et des formations, en cherchant à améliorer la qualité du café et créer des exploitations durables et intégrales (l’association possède notamment une parcelle démonstrative utilisée à cette fin). Le producteur paye un droit « d’entrée » qui sert à financer (en partie) ces démarches. Il s’engage également à produire en accord avec les certifications obtenues. Des contrôles annuels de tous les producteurs (visites des parcelles) permettent d’assurer un suivi régulier et sanctionner les infractions (utilisation des produits chimiques pour la certification bio, etc.), alors que les organismes certificateurs contrôlent des producteurs choisis au hasard (les certifications sont renouvelées chaque année). Aprocassi travaille aussi à la commercialisation des cafés d’origine (AOC), même si, pour le moment, la majeure partie du café de San Ignacio sera vendu au consommateur final mélangé à d’autres. Quel dommage, le café est si bon ici…

En parallèle, l’association a mis en place un programme de crédit pour ses membres, en facilitant les investissements nécessaires à leur activité. Enfin, dans la petite pépinière sur le terrain d’Aprocassi, on cultive des arbres (fruitiers et autres) servant à créer de l’ombre nécessaire à la culture du café.

Les 500 associés ont produit l’année dernière 35 containers de café (ce qui équivaut à 18 000 quintales ou 828 tonnes ). Dans la zone et avec les techniques de production développées, un hectare permet de produire entre 20 et 25 quintales (les producteurs ayant des parcelles plus grandes arrivent jusqu’à 100 – 150 quintales annuels). En 2009, le prix moyen de vente était de 170$ le quintal (dont une partie est gardée par l’association pour compenser ses frais).

Alors, au final, en termes de sacro-sainte rentabilité, cela vaut-il le coup de cultiver du café sans produits chimiques ? Selon le président d’Aprocassi, la réponse est « oui », surtout si l’on pense à long terme. Un caféier bio vivra plus longtemps, de l’ordre de 50 ans, contre pas plus de 15 ans pour un « chimique ». A terme donc, il produira plus, ce qui compensera le rendement inférieur du jeune caféier bio par rapport à son cousin boosté aux engrais (notez qu’il faut 2-3 ans pour qu’un caféier commence à produire) ! Et comme le prix minimum d’achat d’un quintal de café bio et équitable est de 145$ (ou 30$ en plus du prix de la bourse quand celui-ci est supérieur à 145$), le jeu en vaut la chandelle… Enfin, les engrais naturels, préparés « à la maison », coûtent beaucoup moins cher que les produits chimiques.

Ouf, j’avais peur d’apprendre au détour d’un calcul mal chanceux qu’au bout du compte, pour le producteur, le café bio-équitable ne valait pas la peine. « Ami buveur de café, lorsque tu achètes ton café, tu sais quoi faire ». Et si vous connaissez un moyen pour distribuer du café en France, faites nous signe, parce qu’Aprocassi est intéressée … et nous qui avons gouté leur café et qui sommes repartis avec deux paquets sous le bras et sous les pattes, sommes d’avis que cela serait bien aussi.

Enfin, historiquement, gruyère dans le gruyère, la coopérative est le fruit d’une lutte victorieuse contre un projet minier, menée par les ronderos -producteurs de café de San Ignacio. En clair, l’idée de la création d’Aprocassi a émergé comme une contre-proposition au modèle de développement incarné par la mine, et, une fois de plus, un prêtre engagé y a joué un rôle moteur. C’est lui qui a commencé le travail avec les certifications équitables et bio. Bref, sur le papier, l’Aprocassi, c’est le trou de souris dont on rêve toutes !
*Note : un quintal = 46 kilos de café.



3 - Gestion des déchets à San Ignacio : miracle et "Grand Schtroumpf"

Salutation au café, re-re-re-re (j’en ai perdu le décompte), direction la table de concertation avec plus de deux heures de retard et à une heure de notre départ. La secrétaire, qui est là, nous amène à la mairie où nous devions nous entretenir, il y a une paire d’heures maintenant, avec le chargé des programmes environnementaux de la ville.


« Quoi, comment ça ? Où étions-nous passés ? ». C’est presque qu’on nous gronde. On explique qu’on était pourtant à l’heure, mais pas le temps de se justifier plus que ça, direction la dernière étape du « marathon San Ignacio » : la décharge « développement durable » flambante neuve (construction terminée en 2007) qui fait la fierté de la municipalité et des habitants de la ville. Déjà parce qu’elle est une anomalie pour le Pérou et ensuite parce qu’elle est effectivement novatrice sur un certain nombre d’aspects.

Installés dans un 4x4, nous voici en train de foncer sur un chemin de terre bordant un précipice. A toute allure. Je ne saurais dire si c’est l’habitude ou la vitesse, mais je n’ai pas eu le temps de m’inquiéter plus que cela. Quelques chevaux plus bas et un paysage superbe m’occupe les quelques 15 minutes que dure le trajet. Les éternels eucalyptus australiens qui nous poursuivent depuis le lac Titicaca en Bolivie  sont là pour nous faire la révérence. Ils font déjà plus de 10 mètres de haut alors qu’ils n’ont pas encore 3 ans. Parfois, je me demande s’il s’agit d’un arbre ou d’une mauvaise herbe, tellement sa vitesse de croissance est impressionnante.

Et voici la décharge : 34 millions de dollars, en partie apportés par la municipalité, en partie par l’UE (un concours gagné par San Ignacio) et complétés par l’omniprésent « Fond italiano-péruvien (FIP) ». La durée de vie de la décharge est estimée à 25 ans. (les chiffres sont de tête, ils peuvent être approximatif, car tout le monde sait bien qu'un souris à moins de mêmoire qu'un éléphant, mais qu'un éléphant sa tr....)


Loin de l’image classique d’un tas d’immondices odorantes, nous voici face à un complexe situé en pleine nature, composé d’une section compost, d’un lombricomposteur, de quelques cuves conçues pour stocker les plus toxiques des déchets (comme les piles) et, enfin, pour tout ce qui est métaux et plastiques, d’une zone dédiée aux recyclage dont la première phase consiste à écraser les déchets sous les roues des camions poubelles lorsque ceux-ci viennent faire le dépôt. L’ensemble est complété par un système de drainage de l’eau ingénieusement conçu pour empêcher l’infiltration dans la terre des résidus toxiques lorsqu’il pleut.

Nous saluons les gardiens et employés du site … en train de s’afférer autour d’une ruche fraichement ouverte, faisons un tour par l’atelier pour les enfants composé d’une pépinière de différentes espèces végétales plantées par les élèves des écoles de la ville qui viennent visiter l’usine. On y trouve aussi un espace « jardin d’enfants » avec balançoire et autres attractions construites à partir des déchets. Rendre ludique une décharge et en faire une fierté, voilà qui n’est pas commun pour les humains. Pour les souris, c’est normal, nous faisons des nids pour nos petits avec les déchets (humains) qu’on a sous la patte. Voilà le bon exemple à suivre ! Mais c’est déjà l’heure de repartir, il nous reste moins de 20 minutes avant que le dernier bus pour Jaen ne quitte San Ignacio.

Kriiiiiiii, kriiiiiiiiii. C’est à la fois le son des pneus sur le chemin de terre et le bruit des mes dents. Heureusement que nous sommes du côté passager pour rentrer. Mais pourquoi va-t-il aussi vite ? Réponse : pour faire une pause chez un des agriculteurs dont les plantations d’ananas qui bordent la route nous font de l’œil. J’adore l’ananas et ça tombe bien parce qu’en plus de nous en préparer un à déguster immédiatement, délicieux, en deux coups de machette impressionnament bien placés, le paysan nous offre des magnifiques ananas fraichement récoltés « à emporter ». Et un carambola ! Ca, c’est gentil !

Il nous reste 7 minutes avant que notre bus ne parte. Deux fois moins pour un trajet qui nous a pris le double à l’aller, le temps de terminer les explications de notre guide sur la gestion des déchets. Les habitants de la ville ont été équipés en poubelles de tri. A chacun la charge de remplir correctement chacune d’entre elles. Et, pour poursuivre dans la pédagogie « simple mais efficace », un programme télé et radio local cite en exemple le meilleur et le pire des « trieurs de déchets » de la semaine. Et comme San Ignacio ce n’est pas non plus la grande métropole, où personne ne se connait, être cité en mauvais exemple c’est un peu « la honte ». Du coup, l’apprentissage semble avoir été rapide et la nouvelle méthode de gestion de déchets fonctionne bien. Kriiiiiiiiiiiiiii. L’ingénieur chargé de nous escorter pour cette visite de la décharge par la municipalité de San Ignacio saute de la voiture pour ramasser une casquette tombée sur le chemin qui nous ramène en ville. Sur celle-ci, aussi improbable que cela puisse l’être, le grand schtroumpf fait bonne figure. C’est la casquette des employés chargés de s’occuper du rapatriement des déchets et je ne suis pas sûre que l’inventeur des célèbres petits hommes bleus en ait été informé.

Enfin, voici notre bus. Salutations et remerciements. Merci à tous, San Ignacio c’était intense, c’était bien. Nous en repartons ravis des expériences que nous y avons connues, chargés de café et d’ananas frais. Demain, départ à 4h30 du matin de la gare des bus de Jaen pour, enfin, l’Amazonie.


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Irkita

samedi 24 avril 2010

01-02-2010 : San Ignacio, province écologique

(mise à jour le 24 avril 2010)
1-De Jaen à San Ignacio : du sable au verre….

Autant Jaen est une ville supposément dangereuse, poussiéreuse, tristounette, autant San Ignacio, capitale de la province voisine, située elle aussi dans le département de Cajamarca, respire la quiétude. Le chemin que nous empruntons pour y accéder n’est asphalté que sur la moitié du trajet, ce qui ne dérange pas le taxi collectif qui nous y amène, qui, pied sur l’accélérateur quoi qu’il arrive, file à toute allure. Le bon côté des choses, c’est que le paysage un peu monotone n’a pas le temps de nous ennuyer, vue la vitesse de son défilement devant nos yeux. Le vert liquide des rizières et le vert jaune des champs d’ananas se mélangent pendant les deux premières heures de trajet dans une ambiance un peu asiatisante. Un peu plus loin, alors que la terre remplace le bitume, la route, plus sinueuse, surplombe le rio Chinchipe qui vient de l’Equateur tout proche. Parfois, quelques zébus, résistants mieux que les vaches aux climats tropicaux, posés nonchalamment sur la route, bloquent le passage et nous offrent quelques minutes de répit et de silence. C’est fou ce que cela peut faire du bruit, une voiture sur des chemins de terre. Surprenant aussi comment change la perception et comme la route parait plus étroite qu’elle ne l’est dans les virages bordant le précipice. Moi, je les aime bien, ces zébus qui nous ralentissent un peu. En plus, ils ont l’air de savoir ce qu’ils veulent, vous ne trouvez pas ?


2 – Bienvenue, à San Ignacio, province écologique

Nous voici donc dans la fameuse province de San Ignacio, située à la frontière avec l’Equateur, raison pour laquelle elle est visitée de temps à autre par quelques touristes en transit. Les coordinatrices de la table de concertation de Cajamarca n’avaient pas tari d’éloges sur leur équivalent d’ici, et la municipalité écolo de la ville nous a souvent été citée en exemple : un maire écolo au Pérou, c’est rare. Du coup, entre café écologique et commerce équitable, programme de recyclage des déchets et la gestion de projets concertée, c’est une ville qui, semble-t-il, cumule les alternatives. En tous cas, la cité dans laquelle nous arrivons en fin de journée, perchée sur un flanc de vallée face à un relief verdoyant et nuageux, semble se porter plutôt bien. Ici, comme l’annonce la statue d’une femme, panier de grains rouges à la main, on cultive du café. En fait, je ne crois pas en avoir déjà parlé, mais les photos l’ont parfois illustré : souvent, dans les villes que nous avons traversées, une statue met en scène la principale caractéristique ou l’activité prédominante de la cité. On trouve ainsi, par exemple, une statue d’Inca à Banos del Inca, une statue de mineur à Potosi, une statue de zombie à Jaen … Non, je plaisante…

Un peu plus loin, à l’intérieur de la ville, sur les murs, les slogans affichent la couleur. Ici, le café est organique. Ici, on protège l’environnement. Quelques fois, c’est même un peu démagogique : «sois intelligent, protège ton environnement» ou « San Ignacio, on te veut propre, c’est la responsabilité de tous ». Mais bon, il faut savoir ce qu’on veut, non ? Et pour clouer le tout, sur la plaza de armas, face aux locaux de la table de concertation, nous accueille la colombe de la paix avec, en arrière plan, la permanence de « Tierra y Libertad ».


3 – Une table de concertation qui concerte …

Chose promise, chose due. La table de concertation de San Ignacio sait ce qu’est la concertation. Déjà, alors qu’il est 18h00 passées, nous sommes reçus par le secrétaire technique qui ne se trouvait pas dans les locaux, mais qui nous y a rejoint en moins de 5 minutes sur l’appel de sa secrétaire. « Kri kri ». Comme les Awajuns nous ont fait attendre et que le café équitable de Jaen n’était pas tout à fait équitable , on n’est pas mécontents d’être accueillis ainsi, d’autant plus que, selon la description qu’il nous en fait, la table de concertation parait exemplaire. Forcément, difficile d’imaginer qu’il nous en dise du mal depuis la position qu’il y occupe. Mais comme il s’agit d’une structure dont le but est d’être un espace de dialogue et de décisions concertées, la savoir encadrée par quelqu’un qui la défend la rend d’autant plus crédible. Et les photos que je peux admirer du fond de la poche depuis laquelle j’assiste à l’entretien sont là pour prouver que les ateliers et les réunions – où sont abordés les thèmes divers, comme la santé, l’éducation, le développement, l’écologie, le traitement des déchets, la nutrition, etc. - se font bel et bien…
Bien. Mais la table de concertation et la gestion alternative qu’elle promeut ont-elles du poids au point de pouvoir freiner les projets miniers encouragés par le gouvernement ?, - nous demandons-nous, un peu perplexes quand, en sortant, on se retrouve nez-à-nez avec un poster vantant les bienfaits de la prochaine signature de l’accord d’association avec l’Union Européenne.
A cette interrogation, les données sur les exportations du café de la province de San Ignacio fournissent une piste de réponse. En termes purement financiers, la café de San Ignacio n'a rien à envier à une hypothétique mine (il faut dire que jusqu’à là les rondas campesinas de la province se sont toujours opposées aux projets miniers). En plus, la filière du café emploie plus de gens et respecte l'environnement puisque en plus d'être équitable (commerco justo) et écologique (bio), la culture du café cultivé à l’ombre favorise la reforestation....
J’oubliais : la dernière question que nous avons posé au secretario de la table était : « Il y a-t-il un endroit emblématique des résultats de votre travail ? ». « Oui », nous répondit-il. L’endroit s’appelle San José de Lourdes. Un nom miraculeux, non ? Alors, c’est parti pour voir !

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Irkita

mardi 20 avril 2010

Bolivie : petit retour en vidéo (2)

 5-12-2009, Poto-si belle
Pour sûr, Potosi est une très belle ville et mérite son classement au patrimoine de l’humanité. Ici, un 360° dans la ville coloniale aux rythmes des Guns 'n Roses, très, très populaires en Bolivie.


Bolivie : Potosi, ville impériale (1) Cargado por irkita.


Bolivie : Potosi, ville impériale (2) Cargado por irkita..

28-12-2009 : De Potosi y Uyuni
Les ingrédients d’un trajet angoissant : ciel d’encre, éclairs gigantesques zébrant le ciel avant de taper la terre autour de nous, route de nuit et chemin en terre. La route Potosi-Uyuni fût pleine d’émotions.


Bolivie - Trajet Potosi Salar d'Uyuni Cargado por irkita


30-12-2009 : Le Salar d'Uyuni, pur de vrai
On râle quand même un peu, pour ne pas oublier qu’on est Français, à l’idée de passer par une agence de tourisme. Pour la suite, la beauté du Salar (c’est tellement vrai que s’en est presque un pléonasme) nous a fermé bouches et museau !

Salar d'Uyuni : C'est beau, mais c'est un peu l'autoroute Cargado por irkita

Et nous y voilà. On en parle depuis presqu’un mois et enfin on le voit. Pas le temps de faire le grand tour de 4 jours, 3 nuits, c'est-à-dire Salar d’Uyuni et Sur Lipez, mais ce n’est pas grave.

Bolivie, Salar d'Uyuni Cargado por irkita


Bolivie - Salar d'Uyuni (2) Cargado por irkita.


Bolivie - Salar d'Uyuni (3) Cargado por irkita.


Bolivie - Salar d'Uyuni (4) Cargado por irkita


Bolivie - Salar d'Uyuni (6) Cargado por irkita


Bolivie - 02-01-2010 Coroico, c'est quoi, le cri du coq ?
Après un premier jour de l’année passé à nous reposer, nous voici sur le départ de « bonne heure de bonne humeur » pour Coroïco. En plus de ressembler au cri du coq, Coroïco est une sorte d’Ibiza ou de Saint-Tropez bolivienne, petit village touristique entouré de végétation tropicale, niché sur une colline à moins de 2000 mètres d’altitude dans la région des Yungas. Un petit paradis.


Bolivie - Coroico, c'est quoi, le cri du coq ? Cargado por irkita

Les Yungas, c’est l’une des deux régions officielles (parce qu’il y en a d’autres, officieuses mais connues de tous) de production de la feuille de coca. C’est aussi la seule région de production légale où la feuille de coca est cultivée « pour la mastication ». C’est celle qu’on trouve sur tous les marchés de Bolivie. Les connaisseurs la reconnaissent à sa taille : la feuille des Yungas est plus petite. L’autre région officielle de production de la coca est le Chapare, où, malgré une production plus abondante, sa culture n’est pas reconnue « légalement ». Officielle mais pas légale, coca(sse) (facile), non ?


Bolivie - Coroico, c'est quoi, le cri du coq ? (2) Cargado por irkita.

Et aussi incroyable que cela puisse paraître à priori (parce qu’à posteriori quand on pense au petit village qu’est en réalité Saint-Tropez, il n’y a pas vraiment de quoi être surpris) la place du village se transforme en boite de nuit « hyper tendance » les soirées de jours chômés. On y retrouve toute la jeunesse branchée de la capitale, accompagnée de touristes « cyclistes de la mort » dansant sur une musique néo-traditionnelle à tendance reaggeton. Imaginez le spectacle !
http://el-viaje-de-irkita.blogspot.com/2010/01/02-01-2009-coroico-cest-quoi-le-cri-du.html

Bolivie - Coroico, c'est quoi, le cri du coq ? (3) Cargado por irkita.

06-01-2010 : Corocoro, Chapeau melon des champs contre casque de mineur de ville.
Et on les comprend, les habitants de la ville de Corocoro. Enfin, les habitants de l’ancienne ville, parce qu’aujourd’hui elle ressemble plus à une cité fantôme dont les trois-quarts des constructions tombent en ruine. Comme on comprend le peu d’enthousiasme qu’ont les communautés rurales qui vivent à une trentaine de kilomètres de là, en aval. L’idée de se retrouver avec une eau polluée par l’exploitation minière n’est pas pour les ravir. En effet, pour eux, plus encore que plus les autres, l’eau c’est la vie : la vie de leurs bêtes, la vie de leurs récoltes, leur vie à eux.

Bolivie - Corocoro, Chapeau melon des champs contre casque Cargado por irkita.

Bolivie - De Corocoro à El Alto , retour en musique...

Bolivie - De Corocoro à El Alto , retour en musique... Cargado por irkita

Bolivie - 06-01-2009, El Alto, tout là haut...
Finalement, il fallait quand même qu’on s’y arrête dans cette ville jumelle de La Paz. Sous la surveillance des pics enneigés de plus de 6000 mètres, on y retrouve, comme à La Paz, les embouteillages des minis-bus plus nombreux que les passagers. On y fait la rencontre de la viande séchée et de la viande pas encore séchée. Je frémis devant les fétus de lamas qu’on enterre sous les fondations des nouvelles maisons, il paraît que ça porte bonheur. Mais la véritable découverte, c’est la vue qu’on a de là-haut, del Alto, sur la Paz, tout en bas. Je reste museau bé devant le spectacle magnifique de cette ville tentaculaire.
Et oui, qui dit frontière, dit au revoir la Bolivie. On finit quand même en beauté. D’abord, on passe par une agence pour faire le trajet la Paz – Arequipa. « Ce sera direct », nous dit-on. Tu parles. Pour commencer, on s’est coltiné les postes frontières sacs sur le dos. Sans parler de la galère avec la compagnie péruvienne pour faire le trajet Desaguadero-Arequipa qui était prévu dans le billet que nous avons acheté, mais qu’on a obtenu avec peine et de justesse, en devant au final et pour tout faire deux changements. La consolation, c’est qu’on a payé moins que les autres compagnons d’infortune boliviens et étrangers qui ont fait appel à des agences de bus de la Paz.

Bolivie, Desaguadero, frontière avec le Pérou Cargado por irkita.

dimanche 11 avril 2010

31-01-2010 : Jaen, Café (plus ou moins) équitable

(mise à jour le 11 avril 2101)Il est midi et on arrive enfin à voir notre ami « spécialiste du café », ancien gérant d’une grande coopérative, rencontré à Bagua deux jours avant. Comme d’habitude, le premier coup de fil s’est conclu par un « je te rappelle dans une demi heure ». Comme d’habitude, c’est nous qui avons rappelé. On commence à le savoir : le « je te rappelle dans une demi heure » veut en fait dire « rappelle-moi dans une demi heure si tu veux qu’on parle ». Voire, « dans une heure ou deux ». Du moins avec cet ami là … et avec quelques autres, il faut bien l’avouer.

C’est parti pour la balade. Nous allons le plus proche possible de la ville, puisqu’il est déjà tard. Sur le chemin, nous nous acquittons, un peu moins frileux que la première fois, de la « taxe » des rondas campesinas et arrivons dans le village des producteurs de café après moins d’une heure de route. C’est un beau village en adobe et en bois, niché dans une vallée verdoyante et fraiche. La nature est resplendissante, et nous n’y passons pas une après-midi dominicale désagréable.

Niveau alternatives - et plus proche de la raison de notre visite -, on nous explique que le village possède sa propre mini-centrale hydroélectrique, un système très simple, qui produit suffisamment pour tout le monde. Quant au producteur de café qui accepte de nous guider dans les plantations d’un voisin (absent), il ne travaille pas vraiment dans les circuits du commerce équitable. Le plus souvent, il subit la loi du marché, qui, certaines années, lui rend la monnaie de son effort, et, d’autres, lui permet simplement de continuer à s’adonner à ce qui est plus une passion qu’autre chose. En réalité, impossible de compter sur sa culture de café pour vivre.

Ce n’est un scoop pour personne, les lois des marchés internationaux des matières premières sont dures pour les paysans du Sud. Le café que nous payons 3€ les 250 grammes torréfiés, moulus et emballés (dont le prix ne change pas ou très peu !), peut être acheté à 110$ le quintal (c'est-à-dire 46 kg), ou encore à 2,4$ le kg. Parfois, c’est moins. Parfois, c’est plus, comme par exemple l’année dernière, lorsque, en raison de mauvaises récoltes au Brésil et d’un renouvellement des cultures en Colombie, les prix avaient monté en flèche  et les revendeurs des pays voisins sont venus se servir en café au Pérou. C’était une bonne année pour les caféiculteurs, un peu moins pour les coopératives qui ont du acheter cher pour pouvoir honorer leurs contrats déjà conclus.

Quid du commerce équitable ? Il se matérialise, pour les paysans de Jaén, par une prime de 10$ par quintal par rapport au prix du marché. On y ajoute 20$ de plus si la culture du café est bio (et si le producteur bénéficie de certification correspondante). Il existe aussi un prix minimum d’achat qui permet de compenser, un petit peu, la baisse des prix dans les années difficiles.

La plantation du café que nous visitons est bio (ou « organique », comme on dit ici), et notre guide du jour nous explique les différentes techniques utilisées dans la zone : cultures « à l’ombre » des arbres fruitiers (bananiers, guabas, etc.), comme quasiment partout sur le continent, utilisation des engrais naturels, etc. Il nous explique aussi que ses trois hectares à lui - sachant qu’il faut entre 6 et 11 mois pour que les grains du café murissent - ne lui fournissent qu’un petit complément de revenus. Pourquoi alors il cultive du café ? « Par passion » nous répond-il en caressant un grain ramassé un peu plus tôt…

Merci pour la visite et bonne chance à ses deux enfants qui sont à l’université ! Avant que nous ne repartions pour Jaen et repassions devant les rondas campesinas toujours en train de faire leur ronde, un policier curieux, venu converser un moment avec nous, nous pose cette question : «  Est-ce que dans votre pays les policiers sont aussi indulgents que chez nous ? ». Nous n’avons pas su quoi lui répondre. De retour en ville, nous saluons notre ami : rendez vous demain matin à 4h00 pour le grand départ vers l’Amazonie. Enfin !



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Kri kri
Irkita

lundi 5 avril 2010

Pérou : Cartographie (complexe) de nos derniers déplacements

Kri kri,

Si je me souviens bien, la dernière carte que j'ai mise en ligne était celle du trajet de Lima à Cajamarca. Pour dire si ça date. Voici une tentative d'illustration de notre parcours depuis. La dernière carte que j'avais mise en ligne était :
Du 23 au 26 janvier 2010 - Pacours autour de Cajamarca
23-01-2010 : Cajamarca, c’est là que tout commence
23-01-2010 : Cajamarca, capitale des mouvements socio-environnementaux péruviens
24-01-2010 : Région de Cajamarca, San Marcos : Non, groin, coin-coin, cot-cot, kri kri, meuh, hi-han à la mine !
25-01-2010 : A Porcon, il n’y a pas que des cochons
26-01-2010 : Cajamarca, fenêtres et bains.
26-01-2010 : Cajamarca, la mine vue par le gouvernement régional et par la table de concertation.

Du 27 janvier au 02 février 2010 - Bagua, Jaen, San Ignacio, San Jose de Lourdes
27-01-2010 : de Chiclayo à Bagua, de la costa (côte) à la selva (forêt)
28-01-2010 : Bagua (1) : à la lisière de la forêt peuplée de chiens du jardinier mangeurs d’hommes…
28-01-2010 : Bagua (2) : la réunion, première partie, où nous déplorons de ne pas parler l’Awajun…
29-01-2010 : Bagua (3), réunion, seconde partie, où nous sommes contents de comprendre l’espagnol
31-01-2010 : Jaen, Café pas équitable
01-02-2010 : San Ignacio, province écologique
02-02-2010 : Province de San Ignacio, de Lourdes aux déchets …

Du 03 février au 07 février 2010 - Bagua, Jaen, San Ignacio, San Jose de Lourdes

03-02-2010 : Jaen à Imacita, direction l'Amazonie, la vraie...
04-02-2010 : Du Rio Marañón au Rio Cenepa
Du 04-02-2010 au 07-02-2010 : Le Cenepa, de Fitzcarraldo à Aphrodite ou en attendant l'Apu

Itinéraire Nord Péru


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Kri kri
Irkita