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mercredi 8 décembre 2010

Du 27-02-2010 au 01-03-2010 : Intag, vivre la légende…

- Bon Irkita, arrête un peu avec ta légende d’Intag ! Qu’est ce que ça a de légendaire d’abord ? Raconte-nous ! 
- Alors, Intag, c’est un cas d’école des mouvements socio-environnementaux …. 
- Oh, non ! Encore une histoire d’entreprises minières, de luttes paysannes, de défense de la terre, de protection des écosystèmes et d’alternatives, tant qu’on y est ?
- Bon d’accord, si vous savez déjà tout, je ne dirai plus rien. D’un autre côté, c’est un peu le but de notre voyage aussi. Alors kri-kri,  à la fin !
- … 
- … …
- Allez, c’est bon, dis-nous ce que tu as à raconter ?
- Non, je suis vexée, si ça vous intéresse, vous n’avez qu’à lire ça ou ça ou encore ça . En attendant, si ça ne vous gêne pas de rester ignorants, vous pouvez quand même admirer ce que ces gens-là ont souhaité défendre et ce qu’ils risquent de devoir encore défendre si l’histoire qu’on nous a racontée sur le contrat entre le Chili et la Chine se confirme.

S’il est (fort) probable que vous avez peu d’enthousiasme à entendre pour une nième fois une histoire de la lutte entre les habitants d’une vallée et des entreprises minières, nous, de notre côté, en arrivant ici, sommes contents de revoir quelques amis et – pour Jérémy et moi - de mettre des images sur des phrases lues, ici et là, de poser visages sur des noms et d’associer des paysages à des lieux. En couleur et en trois dimensions, son et lumière compris.

Si le processus de résistance et les alternatives concrètes qui en sont sorties en ont impressionné plus un et ont été beaucoup étudiés et donnés en exemple , du haut de la route menant à la paroisse de Peñaherrera, la vue du rio coulant au fond de sa vallée, brillant sous les rayons du soleil de matin, vaut mieux qu’un long discours. La pureté qui émane du tableau que j’ai devant les yeux rend encore plus évidente la nécessité qu’ont dû ressentir les véritables maitres des lieux, ceux qui vivent ici, à protéger leur vallée de l’inévitable cataclysme qu’aurait représenté l’installation d’une mine à ciel ouvert.



Le lendemain, arrivés à Apuela, la paroisse principale de la vallée, nous faisons le tour des connaissances. C’est le jour du marché et tout le monde est présent. Dans les locaux de l’association la DECOIN, on travaille dur sur l’amélioration du site Internet en discutant de l’avenir. Quelques mètres plus loin, le café Internet/bibliothèque communautaire, que les militants « anti-mine » souhaitaient mettre en place « parce que la culture c’est important », ne désemplit pas. Ici et là, on croise des bénévoles occidentaux venus prêter main forte à la myriade des projets en cours ou en chantier. Le « Periodico Intag » continue son travail d’information sur l’actualité aussi bien nationale, internationale que locale et la coopérative du café écologique et équitable (AACRI) est une affaire qui tourne, nous explique-t-on.

Un peu plus loin, faisant face à la place de l’Eglise, le marché du dimanche a des allures de Babel  : là une famille d’otavaleñiens en habits traditionnels qui vendent leurs fruits ; ici des afro-équatoriens fouillant parmi des dizaines de CD piratés à la recherche du tube du moment ; un peu plus loin, des métisses tiennent un stand de vêtements. C’est aussi ça, la richesse et l’originalité d’Intag, une zone de colonisation relativement récente, où cohabitent des populations d’origines différentes.


Alors que mon enthousiasme pour la vallée d’Intag ne cesse de grandir et que nous arrivons dans la maison d’un ami, je me rends compte que jusqu’alors, tout ce que j’avais vu n’était que la face émergée. Ici, je pense avoir trouvé le paradis terrestre. Et je pèse mes mots (si-si, les souris aussi, on a été chassées du paradis à cause d’un trognon de pomme qu’Adam avait jeté par terre!). Evidemment, la « cabane » où nous passerons la nuit, toute en bois, dotée d’une literie au confort quasi criminel, accompagnée de toilettes sèches et entourée d’une végétation tropicale humide luxuriante, n’y est pas pour rien. Mais l’enchantement ne s’arrête pas là. Derrière la maison, se trouve un pré dans lequel une vache et son veau – « qu’il est mignon » s’exclament mes compagnons en humains qu’ils sont-, ruminent, évidement, tranquillement. Derrière le pré, on découvre un sentier. Poursuivons le, nous voici dans la forêt : 500 hectares de bosque nublado (forêt brumeuse) dont une partie primario (primaire).  C’est la « réserve » des propriétaires du lieu, achetée il y a 20 ans, pour une poigné de dollars, à l’époque où le gouvernement équatorien motivait la colonisation des vallées « vierges » de cette partie du pays. Nous y passons la fin de l’après-midi, accompagnés par quatre compagnons canins et bruyants. Je préfère les chiens aux chats, forcément, mais pourquoi est-ce que le labrador qui nous suit est-il obligé de plonger bruyamment dans chaque point d’eau qu’il trouve ?
Le soir venu, après avoir diné - « véritable parmesan » au menu -, nous finissons la journée en conversant sur l’avenir de la lutte anti-mine sur le continent. Notre hôte nous présente à cette occasion le fruit de son dernier travail militant : un guide communautaire pour lutter contre les projets miniers. L’idée est d’y collecter un maximum d’information et de le compléter, un peu à la manière de wikipédia, au fur et à mesure… Un livre open source et collaboratif. Si ça vous intéresse, il est accessible à cette adresse (uniquement en espagnol pour l’instant).



Le lendemain matin, après une nuit à en rendre jalouse les loutres, et un petit déjeuner dans un cadre idyllique, nous poursuivons la promenade de santé en rejoignant Apuela à pied. Le paysage est spectaculaire. Des forêts d’agaves - « elles ont toutes fleuri lors de la sécheresse de l’été dernier, c’est pas bon », nous explique notre ami -, aux eaux cristallines du rio Intag, nous finissons par succomber définitivement aux charmes de la vallée et imaginons un instant comment pourrait être la vie ici. « S’il n’y avait pas cette épée de Damoclès, la menace de la mine de cuivre, rien n’empêcherait les gens d’ici d’être heureux, tout simplement … ».


Mais c’est déjà l’heure de partir. Demain matin, il faut qu’on soit à l’autre bout du pays, à Cuenca, dans le sud, pour y rencontrer les acteurs d’un autre mouvement d’opposition aux projets miniers. Adieu Intag, on espère te retrouver la prochaine fois encore plus foisonnante, de végétation, sans aucun doute, et d’idées, c’est certain.

Avant d’embarquer dans le bus qui nous ramènera à Otavalo, nous passons nos derniers instants en assistant à une réunion du Consorcio Toisán, une sorte de « parlement » qui regroupe 9 organisations sociales (associations, coopératives, etc.) de la vallée, qui se sont alliés afin de mettre en commun leurs efforts pour développer la vallée autrement (qu’en extrayant du cuivre).

On en profite également pour en apprendre plus sur les projets de construction de 9 petites et moyennes centrales hydroélectriques dont la capacité totale de génération d’électricité est estimée à 100 Mw. Ces projets ont été conçus avec l’aide d’une ONG cubaine (Cubasolar), d’un collectif d’ingénieurs équatoriens, de la CCAS (comité d’action sociale d’EDF) et d’Energie Sans Frontières (France). Les projets de petites centrales, à très faible impacts environnemental, ont été validés par tous les habitants concernés, après un long travail de concertation. L’ensemble de ces centrales devraient rapporter près de 30 millions de dollars de bénéfices annuels. La première centrale, pour laquelle le projet est fin prêt (c’est-à-dire qu’il ne reste qu’à passer au stade de la construction), devrait rapporter 2 millions de dollars, soit deux fois plus que le budget annuel du canton de Cotacachi dont la zone d’Intag fait partie (!), de quoi financer pas mal de projets. Pour sa construction, a été créée HidroIntag, une entreprise « publique communautaire » dont font partie les Juntas parroquiales de la vallée (Conseils paroissiaux, à rappeler que « Paroisse » est une division administrative équatorienne), la municipalité de Cotacachi (la capitale du canton) et le Consorcio Toisan. Tous les bénéfices obtenus doivent être réinvestis dans le développement de la zone, avec des objectifs de protection des forêts et des sources d’eau. Malheureusement, les gouvernements municipal et provincial bloquent le projet pour lequel le Consorcio Toisán a déjà trouvé 80% du financement nécessaire à sa réalisation. Ce manque de coopération a évidemment donné une occasion supplémentaire à Rafael Correa et ses alliés de l’Alianza Pais d’avoir les oreilles qui sifflent, et pas du côté où on parle en bien.


Savons et produits cosmétiques naturels, miel, pulpe de fruits et sucre artisanal bio. Artisanat tressé en fibre végétale. Café bio cultivé à l’ombre, dans des « systèmes agro-forestiers », vendu via le système de « commerce direct » (qui se veut plus équitable - dans les faits - que ledit commerce équitable), développement de « fermes intégrales ». Tourisme écologique et communautaire. Journal, bibliothèque et café Internet communautaires. Réserves –communautaires toujours ! - de protection des forêts et des sources d’eau, reforestation (30.000 arbres natifs de 39 espèces différentes), culture des plantes médicinales…  Et j’en oublie. Plus de 1700 familles de 60 communautés disséminées sur les 2000 km² de la vallée d’Intag tirent leurs revenus de ces nombreuses activités. Voici l’exemple d’un petit recoin dans lequel une poignée de personnes (la population de l’Equateur est de plus de 14 millions d’habitants) fournissent la preuve, que si, il est possible de trouver des alternatives pour se développer autrement, tout en respectant la nature et « en tirant profit » de son environnement sans le détruire. Alors, l’Intag serait-elle la potion magique de l’Equateur ? Car finalement, en tirant un peu sur les moustaches, on pourrait presque se dire qu’ici, il y a un peu d’Asterix et Obelix. Et qui a déjà pensé à plaindre les habitants du célèbre village gaulois, si ce n’est, éventuellement, d’être autant harcelés par ces fous de Romains ?

dimanche 2 mai 2010

02-02-2010 : Province de San Ignacio, Lourdes, café, déchets ... et grand schtroumpf

(mise à jour le 2 mai 2010)
1 - San Jose de Lourdes, pas de miracle mais de la volonté

«Kri kri », nous débarquons enfin à San Jose de Lourdes. Ouf, ce fut un peu laborieux. Déjà, parce que le secrétaire de la table de concertation a fait mentir sa réputation de la veille en arrivant avec plus d’une demi heure de retard (ce qui est, ceci dit, plutôt normal pour l’Amérique latine). Ensuite parce que le maire avec qui il était « sûr qu’on aurait un rendez-vous » ne sera finalement pas disponible. Pas grave, nous rassure-t-on, la licenciada Carmen, du centre de santé de la ville, pourra nous parler du programme du développement écologique intégral de San Jose de Lourdes. Bien, si une licenciada peut nous recevoir, alors, allons-y.

Petite digression : au Pérou et en général en Amérique latine, on préfixe les noms des personnes par leur niveau de diplôme. On y rencontre donc des « doctores », des « licenciados », des « ingenieros», des « profesores », mention que les personnes concernées font aussi apparaître sur leur carte de visite, tout comme un docteur en médecine, en France, le fait apparaître sur sa plaque. Et ceci n’est pas un excès de vantardise.

Pour rencontrer la licenciada Carmen et découvrir le célèbre district de San José de Lourdes, nous commençons par redescendre les quelques kilomètres (rendus bien boueux par la pluie de la nuit) qui relient San Ignacio au Rio Chinchipe que nous franchissons sur l’une des trois tarabitas qui se font concurrence. Enfin, nous reprenons un second taxi collectif, qui se transforme parfois en bateau lorsqu’il s’agit de traverser les torrents saisonniers, particulièrement vivaces ce jour là de la saison des pluies. Et voilà enfin San José de Lourdes, petite ville… ou grand village (1200 habitants), dans lequel un bon café nous attend, pour commencer. Je ne suis pas autant dépendante du café que mes deux camarades de voyage, mais celui-ci est particulièrement bon. Et comme on a plus souvent l’habitude de boire de l’instantané malgré le fait qu’on se trouve dans un pays producteur, lorsqu’on en boit du « vrai », c'est-à-dire du moulu, on est forcément contents. De bonne humeur donc, nous partons à la recherche de notre hôte.

La licenciada Carmen nous accueille dans le centre de santé. On y admire les photos, nombreuses, de ses ateliers de formation et de conscientisation sur les problématiques de santé - c’est son métier -, sur le fait de ne pas vivre dans ses ordures et, enfin, sur les problématiques de nutrition… Des questions sur le modèle de développement écologique développé dans son district ? Oui, bien sur, mais pas beaucoup de réponses. Il semblerait qu’on ne nous ait pas indiqué la meilleure personne pour parler de ce sujet, nous n’en apprendrons pas beaucoup plus de sa part.

Petite visite rapide de la plaza de armas du village, dont le luxe surprend un peu. Si vous avez lu tout jusqu’ici, vous devez vous demander ce qu’illustre la statue du coin ? Une grosse poubelle de tri ? Pas du tout ! Encore plus étonnant que l’opulence de la place, la statue montre un couple d’indigènes amazoniens dont la représentante féminine est sacrément plantureuse. L’artiste a été inspiré.

Avant de repartir, un détour par la mairie et les bureaux du Monsieur ingeniero chargé du programme « agriculture et élevage ». Il nous explique que, pour l’instant, son travail consiste surtout à comptabiliser les « richesses » naturelles du district, un peu comme le fait le préposé aux ressources naturelles et à l’environnement de Cajamarca. On lui souhaite bonne chance avant de tirer notre révérence.

Sur le chemin du retour, un copain poulet, encore vivant, mais qui parait prêt à être mis sous cellophane, et trois cochons sales comme il se doit, font office de comité d’adieux. Le retour est à l’image de l’aller : taxi collectif, tarabita  et re-taxi collectif. San José de Lourdes aura été une escale sympathique, hors des sentiers battus et avec du bon café ... Une chose y est sûre, même si on y fait pas (encore) de miracles en terme de développement alternatif, la problématique des déchets ménagers y est abordée avec beaucoup de sérieux.







2 - Aprocassi, coopérative de café "commerce équitable" et "bio"

De retour en ville, la course entamée le matin se poursuit. Pour moi, pas trop de soucis de fatigue, je peux me reposer à souhait dans la poche de chemise ou de short de l’un des mes deux camarades (plus l’un que l’autre pour la présence plus fréquente des poches..), mais pour eux, c’est une autre histoire. Après avoir avalé un ceviche de poisson … fumé – conservation oblige aux dépens de la gastronomie -, salué la statue de la femme au panier de café, nous fonçons de nouveau vers la table de concertation où nous avions rendez vous… Après une demi-heure d’attente, nous finissons par nous convaincre que, l’heure de déjeuner se terminant vers 15h, à ce rythme là, il nous reste encore une bonne heure à faire le piquet. Alors que nous nous apprêtons à nous reposer en sirotant une boisson fraîche, nous croisons un homme portant un gilet aux couleurs de « Aprocassi ». Bingo, c’est le président de la coopérative que l’ami de Jaen (voir Jaen, café plus ou moins équitable) nous a conseillée de visiter. Re-bingo : celui-ci, propriétaire d’une moto-taxi, nous amène directement dans ses locaux. Pas de repos pour l’instant, mais un café fraichement moulu nous accueille à l’arrivée. Quand à moi, je me régale en grignotant un des grains tombés dans un coin du bureau. Mmm, délicieux.

Aprocassi en quelques mots, c’est une association de caféiculteurs qui achète le café aux producteurs-membres (qui sont au nombre de 500) et le revend dans les circuits du commerce équitable (10 dollars de plus par quintal par rapport au prix de la bourse et un minimum d’achat de 125$ par quintal) ou équitable et certifié « bio » (30 $ de plus par rapport au prix de la bourse et un minimum d’achat de 145$) à des entreprises européennes et états-uniennes. C’est donc Aprocassi qui s’occupe des certifications (notamment FLO Cert - l’intégralité de la production est vendue au prix du commerce équitable) et des formations, en cherchant à améliorer la qualité du café et créer des exploitations durables et intégrales (l’association possède notamment une parcelle démonstrative utilisée à cette fin). Le producteur paye un droit « d’entrée » qui sert à financer (en partie) ces démarches. Il s’engage également à produire en accord avec les certifications obtenues. Des contrôles annuels de tous les producteurs (visites des parcelles) permettent d’assurer un suivi régulier et sanctionner les infractions (utilisation des produits chimiques pour la certification bio, etc.), alors que les organismes certificateurs contrôlent des producteurs choisis au hasard (les certifications sont renouvelées chaque année). Aprocassi travaille aussi à la commercialisation des cafés d’origine (AOC), même si, pour le moment, la majeure partie du café de San Ignacio sera vendu au consommateur final mélangé à d’autres. Quel dommage, le café est si bon ici…

En parallèle, l’association a mis en place un programme de crédit pour ses membres, en facilitant les investissements nécessaires à leur activité. Enfin, dans la petite pépinière sur le terrain d’Aprocassi, on cultive des arbres (fruitiers et autres) servant à créer de l’ombre nécessaire à la culture du café.

Les 500 associés ont produit l’année dernière 35 containers de café (ce qui équivaut à 18 000 quintales ou 828 tonnes ). Dans la zone et avec les techniques de production développées, un hectare permet de produire entre 20 et 25 quintales (les producteurs ayant des parcelles plus grandes arrivent jusqu’à 100 – 150 quintales annuels). En 2009, le prix moyen de vente était de 170$ le quintal (dont une partie est gardée par l’association pour compenser ses frais).

Alors, au final, en termes de sacro-sainte rentabilité, cela vaut-il le coup de cultiver du café sans produits chimiques ? Selon le président d’Aprocassi, la réponse est « oui », surtout si l’on pense à long terme. Un caféier bio vivra plus longtemps, de l’ordre de 50 ans, contre pas plus de 15 ans pour un « chimique ». A terme donc, il produira plus, ce qui compensera le rendement inférieur du jeune caféier bio par rapport à son cousin boosté aux engrais (notez qu’il faut 2-3 ans pour qu’un caféier commence à produire) ! Et comme le prix minimum d’achat d’un quintal de café bio et équitable est de 145$ (ou 30$ en plus du prix de la bourse quand celui-ci est supérieur à 145$), le jeu en vaut la chandelle… Enfin, les engrais naturels, préparés « à la maison », coûtent beaucoup moins cher que les produits chimiques.

Ouf, j’avais peur d’apprendre au détour d’un calcul mal chanceux qu’au bout du compte, pour le producteur, le café bio-équitable ne valait pas la peine. « Ami buveur de café, lorsque tu achètes ton café, tu sais quoi faire ». Et si vous connaissez un moyen pour distribuer du café en France, faites nous signe, parce qu’Aprocassi est intéressée … et nous qui avons gouté leur café et qui sommes repartis avec deux paquets sous le bras et sous les pattes, sommes d’avis que cela serait bien aussi.

Enfin, historiquement, gruyère dans le gruyère, la coopérative est le fruit d’une lutte victorieuse contre un projet minier, menée par les ronderos -producteurs de café de San Ignacio. En clair, l’idée de la création d’Aprocassi a émergé comme une contre-proposition au modèle de développement incarné par la mine, et, une fois de plus, un prêtre engagé y a joué un rôle moteur. C’est lui qui a commencé le travail avec les certifications équitables et bio. Bref, sur le papier, l’Aprocassi, c’est le trou de souris dont on rêve toutes !
*Note : un quintal = 46 kilos de café.



3 - Gestion des déchets à San Ignacio : miracle et "Grand Schtroumpf"

Salutation au café, re-re-re-re (j’en ai perdu le décompte), direction la table de concertation avec plus de deux heures de retard et à une heure de notre départ. La secrétaire, qui est là, nous amène à la mairie où nous devions nous entretenir, il y a une paire d’heures maintenant, avec le chargé des programmes environnementaux de la ville.


« Quoi, comment ça ? Où étions-nous passés ? ». C’est presque qu’on nous gronde. On explique qu’on était pourtant à l’heure, mais pas le temps de se justifier plus que ça, direction la dernière étape du « marathon San Ignacio » : la décharge « développement durable » flambante neuve (construction terminée en 2007) qui fait la fierté de la municipalité et des habitants de la ville. Déjà parce qu’elle est une anomalie pour le Pérou et ensuite parce qu’elle est effectivement novatrice sur un certain nombre d’aspects.

Installés dans un 4x4, nous voici en train de foncer sur un chemin de terre bordant un précipice. A toute allure. Je ne saurais dire si c’est l’habitude ou la vitesse, mais je n’ai pas eu le temps de m’inquiéter plus que cela. Quelques chevaux plus bas et un paysage superbe m’occupe les quelques 15 minutes que dure le trajet. Les éternels eucalyptus australiens qui nous poursuivent depuis le lac Titicaca en Bolivie  sont là pour nous faire la révérence. Ils font déjà plus de 10 mètres de haut alors qu’ils n’ont pas encore 3 ans. Parfois, je me demande s’il s’agit d’un arbre ou d’une mauvaise herbe, tellement sa vitesse de croissance est impressionnante.

Et voici la décharge : 34 millions de dollars, en partie apportés par la municipalité, en partie par l’UE (un concours gagné par San Ignacio) et complétés par l’omniprésent « Fond italiano-péruvien (FIP) ». La durée de vie de la décharge est estimée à 25 ans. (les chiffres sont de tête, ils peuvent être approximatif, car tout le monde sait bien qu'un souris à moins de mêmoire qu'un éléphant, mais qu'un éléphant sa tr....)


Loin de l’image classique d’un tas d’immondices odorantes, nous voici face à un complexe situé en pleine nature, composé d’une section compost, d’un lombricomposteur, de quelques cuves conçues pour stocker les plus toxiques des déchets (comme les piles) et, enfin, pour tout ce qui est métaux et plastiques, d’une zone dédiée aux recyclage dont la première phase consiste à écraser les déchets sous les roues des camions poubelles lorsque ceux-ci viennent faire le dépôt. L’ensemble est complété par un système de drainage de l’eau ingénieusement conçu pour empêcher l’infiltration dans la terre des résidus toxiques lorsqu’il pleut.

Nous saluons les gardiens et employés du site … en train de s’afférer autour d’une ruche fraichement ouverte, faisons un tour par l’atelier pour les enfants composé d’une pépinière de différentes espèces végétales plantées par les élèves des écoles de la ville qui viennent visiter l’usine. On y trouve aussi un espace « jardin d’enfants » avec balançoire et autres attractions construites à partir des déchets. Rendre ludique une décharge et en faire une fierté, voilà qui n’est pas commun pour les humains. Pour les souris, c’est normal, nous faisons des nids pour nos petits avec les déchets (humains) qu’on a sous la patte. Voilà le bon exemple à suivre ! Mais c’est déjà l’heure de repartir, il nous reste moins de 20 minutes avant que le dernier bus pour Jaen ne quitte San Ignacio.

Kriiiiiiii, kriiiiiiiiii. C’est à la fois le son des pneus sur le chemin de terre et le bruit des mes dents. Heureusement que nous sommes du côté passager pour rentrer. Mais pourquoi va-t-il aussi vite ? Réponse : pour faire une pause chez un des agriculteurs dont les plantations d’ananas qui bordent la route nous font de l’œil. J’adore l’ananas et ça tombe bien parce qu’en plus de nous en préparer un à déguster immédiatement, délicieux, en deux coups de machette impressionnament bien placés, le paysan nous offre des magnifiques ananas fraichement récoltés « à emporter ». Et un carambola ! Ca, c’est gentil !

Il nous reste 7 minutes avant que notre bus ne parte. Deux fois moins pour un trajet qui nous a pris le double à l’aller, le temps de terminer les explications de notre guide sur la gestion des déchets. Les habitants de la ville ont été équipés en poubelles de tri. A chacun la charge de remplir correctement chacune d’entre elles. Et, pour poursuivre dans la pédagogie « simple mais efficace », un programme télé et radio local cite en exemple le meilleur et le pire des « trieurs de déchets » de la semaine. Et comme San Ignacio ce n’est pas non plus la grande métropole, où personne ne se connait, être cité en mauvais exemple c’est un peu « la honte ». Du coup, l’apprentissage semble avoir été rapide et la nouvelle méthode de gestion de déchets fonctionne bien. Kriiiiiiiiiiiiiii. L’ingénieur chargé de nous escorter pour cette visite de la décharge par la municipalité de San Ignacio saute de la voiture pour ramasser une casquette tombée sur le chemin qui nous ramène en ville. Sur celle-ci, aussi improbable que cela puisse l’être, le grand schtroumpf fait bonne figure. C’est la casquette des employés chargés de s’occuper du rapatriement des déchets et je ne suis pas sûre que l’inventeur des célèbres petits hommes bleus en ait été informé.

Enfin, voici notre bus. Salutations et remerciements. Merci à tous, San Ignacio c’était intense, c’était bien. Nous en repartons ravis des expériences que nous y avons connues, chargés de café et d’ananas frais. Demain, départ à 4h30 du matin de la gare des bus de Jaen pour, enfin, l’Amazonie.


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Kri kri
Irkita

samedi 24 avril 2010

01-02-2010 : San Ignacio, province écologique

(mise à jour le 24 avril 2010)
1-De Jaen à San Ignacio : du sable au verre….

Autant Jaen est une ville supposément dangereuse, poussiéreuse, tristounette, autant San Ignacio, capitale de la province voisine, située elle aussi dans le département de Cajamarca, respire la quiétude. Le chemin que nous empruntons pour y accéder n’est asphalté que sur la moitié du trajet, ce qui ne dérange pas le taxi collectif qui nous y amène, qui, pied sur l’accélérateur quoi qu’il arrive, file à toute allure. Le bon côté des choses, c’est que le paysage un peu monotone n’a pas le temps de nous ennuyer, vue la vitesse de son défilement devant nos yeux. Le vert liquide des rizières et le vert jaune des champs d’ananas se mélangent pendant les deux premières heures de trajet dans une ambiance un peu asiatisante. Un peu plus loin, alors que la terre remplace le bitume, la route, plus sinueuse, surplombe le rio Chinchipe qui vient de l’Equateur tout proche. Parfois, quelques zébus, résistants mieux que les vaches aux climats tropicaux, posés nonchalamment sur la route, bloquent le passage et nous offrent quelques minutes de répit et de silence. C’est fou ce que cela peut faire du bruit, une voiture sur des chemins de terre. Surprenant aussi comment change la perception et comme la route parait plus étroite qu’elle ne l’est dans les virages bordant le précipice. Moi, je les aime bien, ces zébus qui nous ralentissent un peu. En plus, ils ont l’air de savoir ce qu’ils veulent, vous ne trouvez pas ?


2 – Bienvenue, à San Ignacio, province écologique

Nous voici donc dans la fameuse province de San Ignacio, située à la frontière avec l’Equateur, raison pour laquelle elle est visitée de temps à autre par quelques touristes en transit. Les coordinatrices de la table de concertation de Cajamarca n’avaient pas tari d’éloges sur leur équivalent d’ici, et la municipalité écolo de la ville nous a souvent été citée en exemple : un maire écolo au Pérou, c’est rare. Du coup, entre café écologique et commerce équitable, programme de recyclage des déchets et la gestion de projets concertée, c’est une ville qui, semble-t-il, cumule les alternatives. En tous cas, la cité dans laquelle nous arrivons en fin de journée, perchée sur un flanc de vallée face à un relief verdoyant et nuageux, semble se porter plutôt bien. Ici, comme l’annonce la statue d’une femme, panier de grains rouges à la main, on cultive du café. En fait, je ne crois pas en avoir déjà parlé, mais les photos l’ont parfois illustré : souvent, dans les villes que nous avons traversées, une statue met en scène la principale caractéristique ou l’activité prédominante de la cité. On trouve ainsi, par exemple, une statue d’Inca à Banos del Inca, une statue de mineur à Potosi, une statue de zombie à Jaen … Non, je plaisante…

Un peu plus loin, à l’intérieur de la ville, sur les murs, les slogans affichent la couleur. Ici, le café est organique. Ici, on protège l’environnement. Quelques fois, c’est même un peu démagogique : «sois intelligent, protège ton environnement» ou « San Ignacio, on te veut propre, c’est la responsabilité de tous ». Mais bon, il faut savoir ce qu’on veut, non ? Et pour clouer le tout, sur la plaza de armas, face aux locaux de la table de concertation, nous accueille la colombe de la paix avec, en arrière plan, la permanence de « Tierra y Libertad ».


3 – Une table de concertation qui concerte …

Chose promise, chose due. La table de concertation de San Ignacio sait ce qu’est la concertation. Déjà, alors qu’il est 18h00 passées, nous sommes reçus par le secrétaire technique qui ne se trouvait pas dans les locaux, mais qui nous y a rejoint en moins de 5 minutes sur l’appel de sa secrétaire. « Kri kri ». Comme les Awajuns nous ont fait attendre et que le café équitable de Jaen n’était pas tout à fait équitable , on n’est pas mécontents d’être accueillis ainsi, d’autant plus que, selon la description qu’il nous en fait, la table de concertation parait exemplaire. Forcément, difficile d’imaginer qu’il nous en dise du mal depuis la position qu’il y occupe. Mais comme il s’agit d’une structure dont le but est d’être un espace de dialogue et de décisions concertées, la savoir encadrée par quelqu’un qui la défend la rend d’autant plus crédible. Et les photos que je peux admirer du fond de la poche depuis laquelle j’assiste à l’entretien sont là pour prouver que les ateliers et les réunions – où sont abordés les thèmes divers, comme la santé, l’éducation, le développement, l’écologie, le traitement des déchets, la nutrition, etc. - se font bel et bien…
Bien. Mais la table de concertation et la gestion alternative qu’elle promeut ont-elles du poids au point de pouvoir freiner les projets miniers encouragés par le gouvernement ?, - nous demandons-nous, un peu perplexes quand, en sortant, on se retrouve nez-à-nez avec un poster vantant les bienfaits de la prochaine signature de l’accord d’association avec l’Union Européenne.
A cette interrogation, les données sur les exportations du café de la province de San Ignacio fournissent une piste de réponse. En termes purement financiers, la café de San Ignacio n'a rien à envier à une hypothétique mine (il faut dire que jusqu’à là les rondas campesinas de la province se sont toujours opposées aux projets miniers). En plus, la filière du café emploie plus de gens et respecte l'environnement puisque en plus d'être équitable (commerco justo) et écologique (bio), la culture du café cultivé à l’ombre favorise la reforestation....
J’oubliais : la dernière question que nous avons posé au secretario de la table était : « Il y a-t-il un endroit emblématique des résultats de votre travail ? ». « Oui », nous répondit-il. L’endroit s’appelle San José de Lourdes. Un nom miraculeux, non ? Alors, c’est parti pour voir !

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Kri kri
Irkita

dimanche 11 avril 2010

31-01-2010 : Jaen, Café (plus ou moins) équitable

(mise à jour le 11 avril 2101)Il est midi et on arrive enfin à voir notre ami « spécialiste du café », ancien gérant d’une grande coopérative, rencontré à Bagua deux jours avant. Comme d’habitude, le premier coup de fil s’est conclu par un « je te rappelle dans une demi heure ». Comme d’habitude, c’est nous qui avons rappelé. On commence à le savoir : le « je te rappelle dans une demi heure » veut en fait dire « rappelle-moi dans une demi heure si tu veux qu’on parle ». Voire, « dans une heure ou deux ». Du moins avec cet ami là … et avec quelques autres, il faut bien l’avouer.

C’est parti pour la balade. Nous allons le plus proche possible de la ville, puisqu’il est déjà tard. Sur le chemin, nous nous acquittons, un peu moins frileux que la première fois, de la « taxe » des rondas campesinas et arrivons dans le village des producteurs de café après moins d’une heure de route. C’est un beau village en adobe et en bois, niché dans une vallée verdoyante et fraiche. La nature est resplendissante, et nous n’y passons pas une après-midi dominicale désagréable.

Niveau alternatives - et plus proche de la raison de notre visite -, on nous explique que le village possède sa propre mini-centrale hydroélectrique, un système très simple, qui produit suffisamment pour tout le monde. Quant au producteur de café qui accepte de nous guider dans les plantations d’un voisin (absent), il ne travaille pas vraiment dans les circuits du commerce équitable. Le plus souvent, il subit la loi du marché, qui, certaines années, lui rend la monnaie de son effort, et, d’autres, lui permet simplement de continuer à s’adonner à ce qui est plus une passion qu’autre chose. En réalité, impossible de compter sur sa culture de café pour vivre.

Ce n’est un scoop pour personne, les lois des marchés internationaux des matières premières sont dures pour les paysans du Sud. Le café que nous payons 3€ les 250 grammes torréfiés, moulus et emballés (dont le prix ne change pas ou très peu !), peut être acheté à 110$ le quintal (c'est-à-dire 46 kg), ou encore à 2,4$ le kg. Parfois, c’est moins. Parfois, c’est plus, comme par exemple l’année dernière, lorsque, en raison de mauvaises récoltes au Brésil et d’un renouvellement des cultures en Colombie, les prix avaient monté en flèche  et les revendeurs des pays voisins sont venus se servir en café au Pérou. C’était une bonne année pour les caféiculteurs, un peu moins pour les coopératives qui ont du acheter cher pour pouvoir honorer leurs contrats déjà conclus.

Quid du commerce équitable ? Il se matérialise, pour les paysans de Jaén, par une prime de 10$ par quintal par rapport au prix du marché. On y ajoute 20$ de plus si la culture du café est bio (et si le producteur bénéficie de certification correspondante). Il existe aussi un prix minimum d’achat qui permet de compenser, un petit peu, la baisse des prix dans les années difficiles.

La plantation du café que nous visitons est bio (ou « organique », comme on dit ici), et notre guide du jour nous explique les différentes techniques utilisées dans la zone : cultures « à l’ombre » des arbres fruitiers (bananiers, guabas, etc.), comme quasiment partout sur le continent, utilisation des engrais naturels, etc. Il nous explique aussi que ses trois hectares à lui - sachant qu’il faut entre 6 et 11 mois pour que les grains du café murissent - ne lui fournissent qu’un petit complément de revenus. Pourquoi alors il cultive du café ? « Par passion » nous répond-il en caressant un grain ramassé un peu plus tôt…

Merci pour la visite et bonne chance à ses deux enfants qui sont à l’université ! Avant que nous ne repartions pour Jaen et repassions devant les rondas campesinas toujours en train de faire leur ronde, un policier curieux, venu converser un moment avec nous, nous pose cette question : «  Est-ce que dans votre pays les policiers sont aussi indulgents que chez nous ? ». Nous n’avons pas su quoi lui répondre. De retour en ville, nous saluons notre ami : rendez vous demain matin à 4h00 pour le grand départ vers l’Amazonie. Enfin !



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Kri kri
Irkita