En 2009,
le Ministère de
l’énergie et des mines péruvien
octroie à l’entreprise le droit d’exploration
sur quasiment 90 000 hectares, tous situés dans le parc
Nacional Ichigkat Muja-Cordillera del Cóndor, un lieu d’une importance primordiale en termes de régulation hydrique (
zones de Paramo) et crée, en partie,
« pour
garantir aux communautés indigènes [..l’accès à] leurs aliments et autres produits qui peuvent être également utilisés à des fins commerciales tant que ceci ne mette pas en danger la conservation de la diversité biologique ». Mais peu importe
: malgré l’absurdité du projet en terme
s d’impact
s pour l’environnement, malgré ses contradictions évidentes avec des décrets datant de 2007, malgré le fait
que l’extraction du minerai à ciel ouvert polluera fortement et immanquablement aux métaux lourds le rio Cenepa, les affaires sont les affaires. Pour autant, pourquoi attendre décembre 2009 pour prévenir les habitants des rives du cours d’eau de l’existence du projet alors que, comme on peut le constater sur
le site de la Dorato, la phase d’exploration a débuté dès 2008
? Il faut dire aussi que le site
de la future mine éta
it apparemment connu depuis l’époque pré-colombienne
comme recel
ant de grandes quantité
s d’or (
jusqu’à 132.2 g/t). De quoi attiser les envies.
Alors, les
Awajuns ne sont pas content
s. Déjà parce que
le projet va générer une forte pollution dont ils vont être les premières victimes. Ensuite parce que le projet se fait sur leur territoire, sans leur consentement. Et ces indigènes, qui,
selon les dires même de ceux ayant subit leurs foudres avaient déjà résisté à l’envahisseur inca et mis en déroute les Espagnols, n’aiment pas qu’on débarque chez eux sans leur autorisation. De plus, ils considèrent
l’octroi du permis minier comme une trahison de
la part de l’Etat péruvien à leur égard. En effet,
il existait un accord tacite entre les indigènes et Lima, portant sur la surveillance de ce territoire stratégique
situé à la frontière avec le petit pays voisin (avec qui
les relations n’ont pas toujours été des plus courtoises). En échange de cela et de leur participation
(en tant que combattants) au dernier conflit
armé , l
e contrôle de leur territoire leur
avait été assuré… Mais les temps changent, «
business is business », et
, aujourd’hui
, les
Awajuns ont un nouvel ennemi : l’Etat péruvien. Autant dire que la situation est complexe. Alors, ils font ce qu’ils peuvent pour lutter contre. Au niveau légal,
une action en justice semblait avoir réussi à suspendre l’activité d’exploration. En apparence seulement
, parce qu
e, aux dernières nouvelles, l’entreprise minière explore toujours la Cordilliera del Condor, bien décidé
e à faire
fructifier son investissement. Reste l’humour et la presse pour que tout le monde sache ce qui se passe
. Par exemple, le cour
t article de Roger Ru
mrrill (que nous avons rencontré à Lima
) intitulé «
Aphrodite et les excréments du diable »
3 - Dans le cacao, tout est bon
Vous devez vous dire que la conversation est sacrément longue et qu’à ce rythme là soit le
peke peke n’a plus d’essence, soit, à force de parler, nous avons dépassé notre deuxième destination, la
chacra (le champ) de cacao du fils de l’Apu de
Mamayeque. En fait, nous aurions voulu apprendre tous ces détails de la bouche de
l’Apu des apus car c’est lui qui en sait le plus. Malheureusement, et
à ce moment là nous ne le savons pas encore, nous allons l’attendre pendant 4 jours … en vain. Mais chut.
Nous voici donc débarqués en plein champ de cacaotiers. Un cacaotier, c’est un bel arbre, fragile - nous explique-t-on -, dont la fleur se transforme peu à peu en un sorte de petit piment rouge, la cabosse. Celle-ci, en grandissant, se patine d’une peau à l’allure reptilienne, brillante et cabossée (forcément), aux teintes bordeaux striées de noir. Puis, en murissant, le fruit s’éclaircit.
D’un coup de machette habile, on nous ouvre un fruit, et la visite se poursuit. A l’intérieur, une pulpe blanche au gout délicieusement acidulé et sucré, qu’on connaissait déjà depuis
Mamayeque entoure le trésor qui deviendra plus tard du chocolat : l’amande. Alors que nous sommes tous affairés à sucer les amandes pour les débarrasser de leur pulpe, arasant travail, je me pose la question de savoir dans quelle mesure, les enzymes et les sucs gastriques de celui ou celle qui a sucé les amandes ayant servi à confectionner le chocolat que l’on mange en Europe participent à sa qualité ? Parce qu’il faut le savoir : lorsqu’on mange du chocolat, y a de fortes chances pour que, quelque part, les amandes aient été sucées par quelqu’un, car, avant leur mise au séchoir, on enlève la chair du fruit, et quoi de plus logique que de s’en régaler ? Du moins, c’est ce qu’on a fait, et les amandes que nous récupérons serviront, une fois séchées par le soleil, à créer
l’un des multiples délices issus du cacao. De couleur pourpre (ça dépend des variétés), la graine du cacaotier grillée a – enfin ! - le gout…je vous le donne en mille…du chocolat sans sucre ! Miam. Les amandes séchées sont ensuite vendues à des grossistes. Cela dit, comme pour le reste d’ailleurs, on n’a pas l’impression que qui que ce soit cherche à faire fortune ici. Cette activité, comme les précédentes et comme les suivantes, semble plus être une occupation qu’une manière de gagner de l’argent. Mais bon, une chose et sûre : contrairement au cochon, dans le cacao, je peux l’affirmer, tout est (vraiment) bon.
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